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Beit al-Hikma, histoire d’un palais

by Sadok Chaieb

Le palais qui abrite aujourd’hui l’académie tunisienne « Beit al-Hikma » a été construit au milieu du XIXe siècle. Connu sous le nom de « palais Zarrouk » à l’époque des Beys husseinites, il fut édifié sur un site archéologique très ancien surplombant la mer, au pied de la colline de Carthage, près des thermes d’Antonin. L’inscription latine « Thermes » est sans aucun doute à l’origine du terme arabe « Darmash », qui désignait le site lui-même puis, par la suite, le quartier tout entier où le palais fut construit.

Lors d’une mission archéologique menée en 1873-1874, De Sainte-Marie a relevé la présence de deux palais situés entre la mer et la colline de Byrsa : l’un appartenait à Mustapha Ben Ismail et l’autre à Ahmed Zarrouk. Il est fort probable qu’ils aient été bâtis sur la parcelle n° 18, qui marquait la limite côté mer de la cité augustéenne.

À une vingtaine de mètres de ce site, une communauté phénicienne s’était établie dans le quartier de Magon au cours du Ve siècle av. J.-C. Lors de cette même expédition, De Sainte-Marie découvrit une statue colossale datant du Ier siècle apr. J.-C. — représentant l’impératrice Sabina — ainsi que des inscriptions votives dédiées à Jupiter-Sérapis. Quant au palais actuel, qui présente des influences architecturales italianisants, il fut construit par le général Ahmed Zarrouk — gendre d’Ali Bey et ministre de la Guerre — pour lui servir de résidence privée.

Dans ses lettres adressées à Kheireddine, l’historien Ahmad ibn Abi al-Diyaf a noté que Mohammad Bey avait concédé une parcelle du terrain — comprenant des installations de stockage et un puits — à l’Amir al-Liwa’ Sidi Ahmed Zarrouk, près du domaine de Sidi al-Amin (frère d’Ahmad Pasha Bey), tout en l’incitant à y ériger une tour de guet. Ahmed Zarrouk avait été chargé de réprimer la rébellion qui avait éclaté dans la région du Sahel contre les nouvelles réformes et la hausse de l’impôt de la Majba ; il s’acquitta de cette mission avec la plus grande sévérité et une impitoyable rigueur.

À la mort de Mohammed al-Sadek Bey en 1882, il perdit son statut et s’éteignit peu après, en 1889. Toutefois, son fils Muhammad dilapida la fortune et chargea un tuteur de vendre le palais ; celui-ci fut acquis par Hayy Bessis, et les propriétés de ses enfants s’étendirent progressivement le long de la côte de Carthage. Plusieurs réceptions officielles se tinrent dans ce palais — impliquant le Sénat et la Chambre des députés, tout comme divers événements en 1922.

Mohammed al-Habib Bey fit l’acquisition du palais Zarrouk et le légua à son fils, Mohammed al-Amin Bey — le dernier des beys husseinites (ayant régné de 1943 à 1957). Ce dernier y apporta plusieurs améliorations : il fit couvrir la cour intérieure, auparavant à ciel ouvert ; rénova et embellit la façade ainsi que l’entrée du palais en y intégrant des moucharabiehs et l’emblème beylical ; et fit redécorer les plafonds. Il fit également construire des bâtiments annexes dans les jardins adjacents pour y loger sa famille et sa suite, et transféra la salle du trône de l’étage au rez-de-chaussée, rompant ainsi avec la tradition husseinite établie. C’est dans ce palais que le Premier ministre français Pierre Mendès France annonça officiellement, le 31 juillet 1954, le droit de la Tunisie à l’autonomie interne. Le palais fut également le théâtre de la signature du Code du statut personnel, le 13 août 1956, et de l’avènement de la République le 25 juillet 1957.

L’avenue principale menant à la mer était bordée de magnifiques palmiers ; elle s’appelait probablement à l’origine « l’avenue des palmiers », fut ensuite baptisée « avenue Rostan », puis devint l’avenue Lamine Bey, après que ce dernier eut intégré les terrains jouxtant le palais à son propre domaine. Son attelage, tiré chaque jour par des chevaux pur-sang de Bretagne, parcourait cette grande avenue en grande pompe. Après l’abolition de la monarchie, l’avenue fut rebaptisée « avenue de la République ».

Après l’indépendance, le palais devint la propriété de l’État tunisien ; il servit de siège à l’Office national de l’artisanat, puis à l’Institut national d’archéologie (devenu par la suite l’Institut national du patrimoine). En 1983, il devint le siège de la Fondation nationale pour la traduction, l’établissement des textes et les études — connue sous le nom de « Beit al-Hikma » — qui, en 1992, devint l’Académie Tunisienne des Sciences, des Lettres et des Arts.

Source : Beit al-hikma

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