Accueil » Mosquée de Basuna, Souhag, Egypte

Mosquée de Basuna, Souhag, Egypte

by Archi Mag

Dar Arafa Architecture, 4843 ft², 2019
Photos : Essam Arafa, Tariq Al Murri
Lead Architects: Waleed Arafa

Mosquée de Basuna

La mosquée de Basuna, en Égypte, est située sur un terrain aride, poussiéreux, bruyant et densément peuplé, au cœur du village de Basuna, à 500 km au sud du Caire. Ce projet vise à répondre aux besoins religieux, sociaux, économiques et spirituels de la communauté. Il s’agissait de restaurer la mosquée et d’en faire un centre communautaire ouvert à tous.

Le rez-de-chaussée abrite une salle polyvalente pouvant accueillir 200 personnes, hommes et femmes, accessibles par deux entrées distinctes. Ceci permet d’accueillir l’afflux saisonnier de fidèles et offre un espace pour diverses activités, selon les besoins de l’ONG qui gérera les lieux : dispensaires temporaires, salles de classe pour la formation continue, activités périscolaires, réception d’invités pour des dîners et des réunions sociales pour les villageois.

Ce niveau comprend également les sanitaires et les points d’ablution : six toilettes et deux points d’ablution pour les hommes et deux pour les femmes. Un espace de stockage de 16 m² permet d’entreposer le mobilier mobile nécessaire à la configuration de la salle polyvalente. Le troisième niveau est une mezzanine réservée exclusivement à 45 femmes.

La mosquée possède un minaret unique, haut de 28,7 mètres, qui se dresse près de l’entrée principale et de la rue. Unique minaret du village, il fut érigé à la demande des villageois, symbole de fierté. Son toit est orné de 108 coupoles pendantes qui servent principalement de puits de lumière et de capteurs de vent.

La toiture comprend également un dôme d’entrée composé d’arches entrecroisées en briques rouges et un dôme central percé d’un oculus. Ce dernier est recouvert en été d’un tissu translucide souple afin d’atténuer la forte luminosité, tout en permettant une communication entre l’intérieur et l’extérieur en hiver. La toiture assure une ventilation naturelle, un éclairage naturel et la récupération des eaux de pluie.

Depuis 300 ans, la mosquée Abu Stait est la principale mosquée de Basuna. Elle fut construite et reconstruite à plusieurs reprises. Le dernier édifice fut achevé il y a 70 ans, sur le même emplacement, au centre du village, jouxtant le cimetière. Il servait alors de principale mosquée du vendredi et d’unique mosquée funéraire du village. Une crue soudaine et un affaissement de terrain, provoqués par la construction d’un bâtiment voisin, causèrent d’importants dégâts structurels, rendant la mosquée dangereuse et entraînant sa démolition.

Le concept central est celui de la mosquée comme « Maison de Dieu ». Un espace physique, une demeure pour Celui qui est au-delà de l’espace et du temps, qui ne sont autres que Ses propres créatures. « Nulle vision humaine ne peut Le saisir, tandis que Lui embrasse toute vision humaine : car Lui seul est insondable, Omniscient. » [Coran 6:103] « […] rien ne Lui est semblable, et Il est le seul à tout entendre et à tout voir » [Coran 42:11]

Ce projet vise à explorer l’expression architecturale du lien entre le physique et le métaphysique, le créé et le Créateur.

La Maison de Dieu abrite Sa volonté, qui nous est révélée par Ses livres. Le Livre révélé, Kitab Allah al-Mastur (Coran et Hadiths), et le Livre créé, Kitab Allah al-Mandhur (le Cosmos), nous sont présentés. Le Livre révélé nous manifeste Sa volonté à travers une vision du monde et un culte prescrits, tandis que le Cosmos nous la révèle à travers l’ordre naturel et les lois scientifiques qui régissent l’existence physique.

Dans l’ancienne mosquée, la salle de prière (réservée aux hommes) mesurait 165,31 m², sans aucun espace pour les femmes. Le bâtiment était en mauvais état : les murs porteurs étaient fissurés et le toit de terre gravement endommagé par une crue soudaine. Il n’y avait pas de minaret, et il n’y en avait pas un seul dans tout le village. L’entrée principale de la mosquée traversait les toilettes et l’axe de la Qibla était orienté vers celles-ci.

Le nouveau projet vise à accroître la capacité de la mosquée, tant en termes de nombre de fidèles que de qualité des espaces et des services. Un objectif majeur était également de favoriser l’inclusion, notamment par la création, pour la première fois dans tout le village, d’espaces de prière et de services dédiés aux femmes.

L’emplacement de la mosquée de Basuna, dans le village aride et chaud du même nom, dans le gouvernorat de Suhaj (Haute-Égypte), au cœur d’une zone bruyante, poussiéreuse et densément urbanisée, avec des habitations empiétant sur le site, un cimetière, un va-et-vient incessant de bétail et un petit marché improvisé hebdomadaire juste devant l’entrée principale, constituait un défi de taille. Le nouvel édifice devait offrir paix et sérénité à ses usagers ; plusieurs exigences ont donc dû être prises en compte : la climatisation, l’isolation phonique, la gestion de la poussière et des odeurs indésirables (dues au passage des animaux d’élevage), l’intégration au contexte urbain et l’esthétique, le budget et l’accessibilité pendant les travaux.

Aborder chaque difficulté séparément a rendu impossible la recherche d’une solution satisfaisante. Par exemple, l’utilisation de fenêtres ouvrantes à l’extérieur pour permettre une ventilation transversale aurait entraîné une faible efficacité en matière d’isolation phonique, de contrôle de la poussière et des odeurs. Il a donc été décidé de limiter les ouvertures, au niveau de la rue ou à proximité, à la seule entrée principale, tout en s’attaquant à ces problèmes depuis le toit, situé plus haut.

Les contraintes budgétaires et l’accès limité, voire inexistant, aux machines ont imposé que la solution repose principalement sur la main-d’œuvre et des outils simples.

La solution retenue fut un système de toiture hybride : une structure en poutres de béton coulées en place formant un carré central (6,0 × 6,0 m) recouvert d’un dôme principal, et 108 carrés plus petits (0,82 × 0,82 m) partiellement couverts de coupoles suspendues. Ce système était complété par des panneaux de verre fixes et ouvrants, laissant passer la lumière naturelle filtrée et assurant une ventilation optimale pour un confort thermique accru et économique.

Le dôme principal fut construit à partir d’un bloc léger de fabrication égyptienne, composé de sable, de chaux et d’air, d’une densité de 0,5 tonne/m³, d’une conductivité thermique de 0,136 à 0,132 W/m².K, d’une résistance au feu (selon l’épaisseur) de 4 à 7 heures et d’une isolation acoustique de 37 à 48 dB. La remarquable légèreté du bloc a permis de réduire le poids propre du bâtiment, et par conséquent les dimensions requises de tous les éléments en béton armé. Ses dimensions (100 x 200 x 600 mm) étaient idéales pour introduire une esthétique originale, au service du concept architectural de la mosquée, grâce à une liste de découpe spécifique et une simple tessellation en quinconce. J’ai dû concevoir un compas en acier spécial afin de garantir le positionnement spatial méticuleux de chaque bloc, indépendamment du savoir-faire et de la précision du maçon.

Les coupoles pendantes sont un élément traditionnel bien connu, rarement utilisé comme élément indépendant. Leur principal usage se retrouve au sein des systèmes de coupoles, facilitant la transition des plans carrés aux plans octogonaux pour finalement aboutir au plan circulaire de la coupole.

Dans la mosquée Basuna, cet élément a été repensé comme une unité indépendante, aux fonctions novatrices : structurellement, comme système de toiture ; environnementalement, comme capteur de vent et puits de lumière ; et esthétiquement, comme un objet géométrique à part entière, appréciable aussi bien de l’intérieur que de l’extérieur – uniquement depuis les bâtiments plus élevés surplombant la mosquée.

La coupole d’entrée est une coupole superposée, faisant référence à la coupole historique de la Grande Mosquée de Cordoue, avec quelques modifications. Ce projet témoigne du riche potentiel de l’architecture historique, tant dans le discours architectural que dans les innovations en matière de construction.

Il présente un système de toiture hybride associant briques et blocs de maçonnerie, visant à proposer des solutions innovantes, économes en énergie, économiques, durables et esthétiquement créatives. Il s’inscrit dans la perspective d’un nouveau paradigme architectural résilient et porteur de sens, puisant dans le passé pour créer des innovations pertinentes pour l’avenir.

Programme d’aménagement :

Rez-de-chaussée inférieur (niveau -1,80) :

Salle polyvalente : 150,00 m²
Ablutions et toilettes : 66,27 m²
Stockage : 17,00 m²
Local technique : 8,50 m²
Espace ouvert et circulation : 73,31 m²

Rez-de-chaussée (niveau +1,50) :

Salle de prière principale : 170,00 m²
Salle de l’imam : 17,00 m²
Espace ouvert et circulation : 100,00 m²

Mezzanine (niveau +5,10) :
Salle de prière pour femmes = 42,75 m²

Cette salle polyvalente est conçue pour accueillir l’afflux saisonnier de fidèles, hommes et femmes, notamment les vendredis et pendant le mois sacré du Ramadan. Elle peut également servir à diverses fins tout au long de l’année, comme des dispensaires temporaires, des activités périscolaires et des cours d’alphabétisation, etc. Le bâtiment possède quatre entrées, dont deux pourraient être adaptées aux personnes à mobilité réduite, dès que les routes et les infrastructures du village permettront leur libre circulation. La mosquée est une structure hybride, combinant une simple ossature en béton et une toiture ornée de deux dômes uniques et de 108 pendentifs typiques. Ces éléments permettent à la brise fraîche du nord, typique des hautes altitudes, de pénétrer dans la mosquée, à la lumière indirecte et douce d’éclairer naturellement l’intérieur, et à l’eau de pluie d’être collectée pour le nettoyage et l’arrosage des plantes. Tous les matériaux ont été sélectionnés dans le respect de l’environnement, conformément à la démarche globale du projet. La flèche du minaret n’a pas pu être construite pour des raisons budgétaires. Une campagne de financement est en cours d’élaboration afin de permettre l’achèvement du minaret conformément aux plans originaux.

La mosquée a été financée grâce à de généreux dons extérieurs au village, recueillis par un érudit islamique renommé originaire du village, ainsi qu’aux contributions des professionnels impliqués.

Sa volonté est que nous retournions à Lui. Ce voyage doit avoir une orientation : la Qibla, point de départ et de retour, la Maison de Dieu par excellence, que les créatures ne peuvent appréhender qu’à travers les Attributs de la Perfection Divine, plus connus sous le nom des 99 noms de Dieu. La Maison des maisons, représentée ici par le « Cube des Cubes »*, qui est le mihrab. Contempler, comprendre et nous consacrer aux implications éthiques et aux valeurs spirituelles des Attributs – dans la limite de nos capacités humaines – constitue notre voyage terrestre, l’Israa, qui nous conduit à l’Ascension, ou Miraaj, dans un cycle infini jusqu’à la fin de notre vie terrestre et notre entrée dans une autre forme de vie éternelle. Ces cycles d’interaction horizontale/terrestre/physique/corporelle avec le plan vertical/céleste/métaphysique/spirituel créent une force spirale ascendante, représentée par la circumambulation apparente, à la manière du Hajj, des quatre colonnes soutenant le dôme principal. Ce dernier est formé de 64 blocs circumambulatoires répartis sur 35 assises verticales. Ces blocs symbolisent les fidèles dans leur tentative d’échapper à leur existence matérielle terrestre, dont la dimension se réduit à mesure qu’ils s’élèvent d’une orbite à l’autre, jusqu’à ce que la dernière assise disparaisse et ne fasse plus qu’un avec le dôme céleste. Cette même force donne sa forme au minaret, surmonté du Cube des Cubes, qui confirme la motivation et l’orientation de l’ensemble.

Les dômes suspendus tirent leur forme et leur orientation du respect de la volonté divine dans Son Cosmos ; ils prennent en compte le comportement du vent et les principes du mouvement solaire afin que la brise et la lumière divines inondent l’intérieur de la mosquée, tout en la préservant de l’éblouissement et de la chaleur. Une prière à la nature.

La première chose que les fidèles aperçoivent en passant de l’entrée principale à la salle de prière principale est une simple fenêtre verticale donnant sur le cimetière, qui leur rappelle la fin de leur pèlerinage avant qu’ils ne tournent à droite vers la Qibla pour commencer leurs prières : « Tenez-vous droit et priez comme si c’était votre dernière prière. »

Related Articles

Leave a Comment