Devant un paysage urbain qui s’étale en tâche d’huile, et qui grignote les terres agricoles autour des grandes villes, la plupart de la construction se fait avec les propres moyens des habitants. Ce qui a un impact négatif sur la qualité de vie dans ces quartiers informels. Quelques centaines de logements sociaux par an sont incapables de résorber la demande grandissante en terrains et en logements. Serait-il judicieux de renforcer le rôle de sociétés de l’Etat comme la SNIT et la SPROLS, et leur donner les moyens des premiéres décennies après l’indépendance ?
On le voit autour des grandes villes où la construction anarchique dépasse les plans d’aménagement. Redonner au secteur formel de l’importance et les moyens ne fera que mieux structurer nos villes.
La proportion de la population vivant dans les zones urbaines en Tunisie a atteint environ 72 %, alors que la consommation des terres urbanisées est estimée à près de 4 000 hectares par an. Environ 40 % de ces superficies sont exploitées dans le cadre d’une expansion urbaine anarchique. La moitié des ménages tunisiens ne sont toujours pas raccordés au réseau de l’ONAS (Office national de l’assainissement). (1)

En Tunisie, la construction des logements sociaux est principalement assurée par l’État via des promoteurs immobiliers publics, sous la tutelle du Ministère de l’Équipement et de l’Habitat. La SNIT (Société Nationale Immobilière de Tunisie) est l’opérateur historique et principal chargé de la construction et de l’aménagement de logements sociaux à travers ses différentes directions régionales. (2) La SPROLS (Société de Promotion des Logements Sociaux) se spécialise dans la construction de logements destinés aux catégories à revenus limités et moyens, souvent via des formules de location-vente. Le Ministère de l’Équipement et de l’Habitat supervise le Programme Spécifique de Logements Sociaux (PSLS), qui inclut également le remplacement des habitations rudimentaires et précaires.

Le gouvernement tunisien a initié un nouveau plan (2026-2030) prévoyant de construire 5 000 logements sociaux (3) jusqu’en 2030, ce qui est en deçà de la demande réelle en logements sociaux. La surface grignotée par les quartiers anarchiques chaque année constitue près de 1800 hectares par an, 6 fois la médina de Tunis et ses faubourgs. Cette superficie serait judicieusement exploitée par des acteurs qui ne pourraient qu’améliorer le paysage urbain de nos villes.
Le projet Erriadh à El Fejja en particulier, situé dans la zone d’El Fejja dans délégation de Mornaguia , prévoit la remise des clés des premiers lots de logements sociaux individuels en juillet prochain. Deux projets de location-vente à Mornaguia, comprend 617 logements individuels.
La moitié des dossiers sont refusés
Le projet, d’un coût global estimé à environ 97 millions de dinars, cofinancé par le budget de l’État et le Fonds Saoudien pour le Développement, prévoit la construction de 1547 logements sociaux (individuels et collectifs). Sur un total de 11 102 demandes déposées pour ce projet, près de 5 248 dossiers répondant aux critères d’éligibilité ont été approuvés pour bénéficier de ces logements. Près de la moitié des demandes ne sont pas acceptées.
Une vraie politique urbaine est demandée, avec des quartiers planifiés, qui peuvent assurer un minimum de qualité de vie.
(1) Asma Gharbi, Interview à Expresso, Express FM 22 mai 2026.
(2) Sami Ben Fguira et Mongi Belarem, Quel avenir pour le logement social en Tunisie ?
(3) Lydie Mobio, Agence Ecofin, Tunisie : le gouvernement prévoit de construire 5000 logements sociaux d’ici 2030.
