A l’occasion de la vadrouille architecturale d’ArchiMag à Mégrine ce matin, on reprends une présentation de la ville faite par Hatem Bouriel, ainsi qu’une autre présentation générale de Mégrine Côteaux et Lescure par le groupe « Regard historique »
La commune de Mégrine est de création relativement récente. Elle date en effet de 1949 et a été fondée avec la réunion de deux agglomérations distinctes: Mégrine-Coteaux et Mégrine-Lescure. C’est Mégrine-Coteaux qui constituait le premier noyau. A l’origine, il s’agissait d’un vaste domaine agricole de 350 hectares, propriété du comte de Foy. Planté de vignes, ce domaine sera cédé au lendemain de la guerre par son propriétaire initial et racheté par l’administration française. C’est ainsi que sur cette colline de Mégrine fut créé un lotissement destiné aux ouvriers, employés, fonctionnaires et retraités français.

La population de Mégrine sera ainsi d’abord exclusivement européenne. Cette population sera répartie sur deux noyaux, le premier sur la colline et le second dans la plaine. Pour le premier noyau, il y aura construction de 350 habitations et pour le second, il y aura attribution d lots dits « suburbains » dont la superficie de certains pouvait atteindre quatre hectares. D’ailleurs, beaucoup de ces habitants de la plaine de Mégrine continuèrent à travailler la vigne.
Aux origines de Mégrine-Lescure Pour Mégrine-Lescure, c’est en 1929 que la Direction de l’Agriculture avait construit un noyau urbain au profit des ouvriers européens.
Trois cents habitations furent ainsi construites et la nouvelle cité portera le nom du directeur de l’Agriculture de l’époque. Financé par une mutuelle, ce projet était basé sur des loyers modérés et avait eu un franc succès. Avec le temps, Mégrine-Lescure poussera vers l’est et finira par rejoindre l’autre noyau de peuplement. C’est ainsi que naîtra en 1949 la commune de Mégrine avec ses deux centres actuels de Mégrine-Erriadh et Mégrine Coteaux, tous deux initialement des villages européens en banlieue sud de Tunis.

Cet article, publié en 1931, met en lumière les débuts de la ville moderne de Mégrine, l’un des projets urbains et agricoles les plus importants réalisés dans la banlieue sud de Tunis sous le protectorat français. À cette époque, les banlieues nord du Golfe, telles que Carthage, La Goulette et La Marsa, étaient plus prospères, tandis que les banlieues sud souffraient d’un manque de transports et de communications avec la capitale. Cette situation a incité les autorités à envisager des projets visant à améliorer la liaison entre Tunis et Hammam-Lif.

La ville moderne de Mégrine remonte à 1924, date à laquelle l’administration tunisienne décida d’acquérir le « Domaine Mégrine », un vaste domaine d’environ 670 hectares appartenant au comte Foix, situé à six kilomètres de la capitale. Cette propriété était réputée pour ses vignobles, qui couvraient la majeure partie de ses terres, et pour sa magnifique demeure construite dans le style arabe traditionnel sur une colline dominant la capitale et le golfe de Tunis. L’État acquit le domaine pour 2 640 000 francs dans le but de le lotir et de l’aménager pour des projets urbains, agricoles et industriels, afin de lutter contre la crise du logement et d’encourager l’implantation de fermes.
Le château du comte Foy fut transformé en école modèle, au milieu de jardins, de pins et d’orangers, tandis que le terrain était divisé en 124 parcelles agricoles et résidentielles. Les bénéficiaires étaient tenus de construire des maisons, de cultiver la terre, notamment les vignes, et de s’y installer avec leurs familles. En 1931, des dizaines de villas avaient été bâties sur les coteaux verdoyants, et le nombre de propriétaires terriens avait atteint 285, qui formèrent une guilde pour défendre leurs intérêts et développer la région.
Cette coopérative améliora considérablement les infrastructures, en pavant et en construisant plus de 2 600 mètres de routes, en plantant des arbres le long de celles-ci et en établissant un poste de police. Des projets furent également élaborés pour un bureau de poste, une salle des fêtes et une église. L’eau courante et l’électricité furent également fournies aux différentes résidences.
Sur le plan économique, le projet reposait sur l’activité agricole et industrielle. Une importante coopérative vinicole, capable de traiter environ 8 000 hectolitres de production grâce aux vastes vignobles de la région, fut créée. Des terrains industriels furent également alloués à un complexe céréalier de grande envergure, d’une capacité de stockage de 60 000 quintaux, faisant de Mghira un centre majeur de collecte et de stockage des produits agricoles du sud tunisien.
Un autre élément clé du projet fut la création du quartier « Lescure », un quartier ouvrier construit sur 70 hectares à partir de 1929 afin d’offrir des logements abordables aux travailleurs et aux personnes à faibles revenus. En 1931, il comptait environ 230 des 300 logements prévus, abritant plus de 1 500 habitants, dont 500 enfants. Le quartier comprenait également une école, un bureau de poste et un dispensaire, et des projets étaient en cours pour la construction d’infrastructures supplémentaires telles qu’un marché, des bains publics et d’autres commodités.
L’article affirme que Mégrine représentait alors un modèle d’urbanisme moderne dans la banlieue sud de la capitale, combinant logement, agriculture, industrie et services sociaux au sein d’un projet intégré. Considérée comme une expérience pionnière visant à remédier à la crise du logement, à valoriser les terres agricoles et à transformer une zone rurale en un centre urbain dynamique, elle a jeté les bases de la ville actuelle de Mégrine.
Cette saisissante photographie historique témoigne des débuts du quartier de Mégrine-Coteaux vers 1938, à une époque où il s’affirmait comme un haut lieu de loisirs et d’élégance dans la banlieue sud de Tunis.

Au premier plan, on aperçoit le club de tennis de Mégrine-Coteaux, fondé en 1932. Il s’agissait alors de l’un des premiers clubs de tennis du pays. Le site se distinguait par sa végétation luxuriante d’eucalyptus et ses jardins verdoyants, qui ont fait la renommée du quartier et qui provenaient du lotissement du vaste domaine agricole du comte de Foy.
À l’arrière-plan, les villas bâties sur les collines témoignent du développement résidentiel précoce du quartier. Dès les années 1920, Megrine fut conçue comme un havre de paix résidentiel surplombant le lac de Tunis, intégrant d’emblée des espaces sportifs et sociaux au projet d’aménagement urbain.
Malgré les transformations urbaines de la ville, le club de tennis de Megrine demeure l’une de ses plus anciennes institutions sportives, perpétuant un héritage sportif de près d’un siècle.
