Conçu par : Georgette Cottin-Euziol
Ce texte provient de l’article de Assia Samaï-Bouadjadja :
« Le fonds d’archives Georgette Cottin-Euziol : archive de toute une vie«
Architecture Beyond Europe: On Margins: Feminist Architectural Histories of Migration
Georgette Cottin-Euziol a été l’une des architectes qui ont commencé à concevoir les premiers hôtels de l’Algérie indépendante, bien avant Fernand Pouillon. En effet, Pouillon, en revenant en Algérie avec l’appui de Chevallier avait tout d’abord commencé à critiquer l’hôtel du Souf. En écartant Georgette Cottin-Euziol à travers sa Charte sur le tourisme algérien, la route lui était ouverte pour commencer à concevoir sa deuxième vague de projets touristiques.


Un autre pan du travail de Cottin-Euziol, mis en lumière par les archives, a trait aux projets hôteliers, qui constituent une typologie clé de l’architecture moderne après la Seconde Guerre mondiale, notamment autour de la Méditerranée.
En 1960, Cottin-Euziol travaille sur un projet d’agrandissement de l’hôtel Saint-Georges (actuel El-Djazaïr) à Alger. Puis en 1964, elle est chargée par le ministère du Tourisme, d’une « mission d’études » pour réaménager des hôtels anciens (Grand Hôtel des thermes d’Hammam Righa, Hôtel des Sables d’Or à Zeralda, Hôtel transatlantique de Tenès, etc.) et en construire de nouveaux. Documentées pour la plupart par de petits dossiers ne comptant en général que quelques photographies et pièces écrites, les études vont néanmoins déboucher sur la construction de trois nouveaux hôtels, l’hôtel de Yakouren et l’hôtel Belloua de Tizi-Ouzou, dans le cadre du programme de développement de la Grande Kabylie, ainsi que l’hôtel du Souf, à El-Oued dans le Sahara algérien.

Cet hôtel du Souf, construit en 1966, occupe une place particulière dans le fonds d’archives : à la fois par l’abondance de la documentation architecturale (plans, photographies, maquette, échantillon de matériaux), ses nombreuses publications, et parce qu’il est à l’origine d’une vive polémique avec l’architecte Fernand Pouillon, également bien documentée.

Lorsqu’en 1966, ce dernier s’intéresse au programme d’architecture hôtelière de l’Algérie à travers sa Charte sur le tourisme algérien, il critique en effet l’hôtel du Souf. Cottin-Euziol répond par un texte cinglant, adressé au président d’honneur de la sadg et au directeur de L’Architecture d’Aujourd’hui, qui accuse « la Société d’Études Française de Messieurs Pouillon et Chevalier » de s’accaparer la paternité du programme d’équipement touristique de l’Algérie pourtant engagé depuis 1964.

Au cours des entretiens qu’elle nous a accordés en 2002, Cottin-Euziol revient d’ailleurs sur ses relations avec Pouillon. Tout en reconnaissant qu’il était « un grand architecte ayant du caractère », elle n’hésite pas à le qualifier de « raciste en raison de sa production ». Au-delà des rivalités mises au jour, les archives contenues dans le fonds Cottin-Euziol relatives à l’histoire du tourisme postindépendance offrent à coup sûr de nouvelles pistes de recherche.

