
L’Algérie a officiellement lancé en décembre 2025 la restauration de la Cathédrale du Sacré-Cœur d’Alger, située rue Didouche-Mourad, un projet mené sous les directives présidentielles pour préserver ce patrimoine historique et religieux, symbolisant la coexistence et la tolérance en Algérie, avec le respect total de son architecture d’origine. Les travaux, qui s’inscrivent dans une démarche nationale de réhabilitation des monuments, visent à restaurer l’édifice tout en réaffirmant la liberté de culte dans le pays, selon les déclarations du ministre des Affaires religieuses.
S’inscrivant dans le mouvement de la reconstruction initié par Auguste Perret, le style de cette cathédrale représente un changement intégral avec l’architecture coloniale connue jusque là. Cette cathédrale fut construite juste avant l’indépendance de l’Algérie, et finie après l’indépendance. Son architecte Jean Lecouteur, (1916-2010), s’est associé avec Paul Herbé; tous deux disciples du même mouvement de cette architecture au béton nu. C’est le même architecte qui avait construit l’église de Bizerte, toujours inscrite dans le même mouvement architectural.











Architecte dynamique des Trente Glorieuses, Jean Le Couteur recherche un juste équilibre entre une liberté artistique et les contraintes liées aux réalités politique, sociale et technique. Né à Brest en 1916, fils d’un médecin de marine, il entre en 1936 dans l’atelier d’architecture de Georges Lefort à l’école des Beaux-Arts de Rennes, puis intègre l’École nationale des beaux-arts à Paris en 1939. Après avoir été mobilisé au début de la Seconde Guerre mondiale, il rejoint une communauté d’artistes et d’architectes installée dans le village d’Oppède dans le Vaucluse. Par la suite, pour bon nombre de projets architecturaux, il fera appel à ces artistes, notamment le maître verrier Martin Granel, le peintre Jean Chauffrey ou le sculpteur François Stahly. De retour à Paris, il obtient son diplôme d’architecte en 1944 dans l’atelier d’Auguste Perret et se lie d’amitié avec Paul Herbé (1903-1963) et Bernard Zehrfuss. Avec ce dernier, chef du service d’architecture et d’urbanisme de Tunisie, il participe en 1945 à Bizerte au travail de reconstruction mené à bien par le gouvernement de la France libre en s’inspirant des principes de la Charte d’Athènes. Avec sa propre agence, il réalise l’église de Bizerte (1953) dont l’architecture structurelle est fortement influencée par Perret. En 1948, il élabore avec Paul Herbé les plans d’urbanisme de Bamako au Mali et de Niamey au Niger. L’année suivante, les deux architectes devenus associés entrent au ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme afin de réaliser de nombreux logements dans des zones à urbaniser par priorité (Aulnays sous bois, 1952-1968 ; Le Mans, 1953-1960 ; Allonnes dans la Sarthe, 1959-1972) en privilégiant un savoir-faire technique et économique. Ils conçoivent également l’hôpital de N’Djamena (1953) et la basilique du Sacré-Cœur d’Alger (1963). Après le décès de son associé, Jean Le Couteur achève seul la maison de la culture de Reims (1969) et construit à Madagascar l’université de Tananarive (1972), dont la composition s’harmonise au paysage et à l’architecture locale. Pour le centre de recherche E.D.F. Les Renardières à Écuelles (1961-1982), il réalise avec Jean Prouvé un laboratoire à très haute tension entièrement métallique, qui lui vaudra deux prix. Dans le cadre de l’aménagement touristique du littoral Languedoc-Roussillon, Jean Le Couteur est chargé de l’étude d’urbanisme de la navigation de plaisance. Pour la station balnéaire du Cap d’Agde (1963-1989) qu’il organise autour du port de plaisance, il s’inspire de la typologie des villages languedociens. En 1992, il met un terme à sa longue carrière.








Tout a commencé le 11 février 1944, en la fête de Notre-Dame de Lourdes, SE Monseigneur LEYNAUD, en des heures très graves de la deuxième guerre mondiale, fit le vœu d’élever à Alger une église grande et belle dédiée au Sacré-Cœur de Jésus, et qui serait un témoignage éclatant de la reconnaissance de l’Algérie et de son indéfectible espérance en Dieu .










- L’emplacement choisi par Mgr Leynaud est le terrain même sur lequel les Dames du Sacré-Cœur, arrivées à Alger dans les derniers jours de 1842, avaient bâti un collège très florissant qui fut fermé dans les années douloureuses du début du 20ème siècle; la chapelle de ce pensionnat où Monseigneur Pavy célébra pour la première fois la messe en 1856, devint bientôt le centre de la dévotion au Sacré Cœur.
- Un temple votif au Sacré-Cœur est particulièrement à sa place au pays de saint Augustin; c’est une tradition immémoriale dans l’iconographie de représenter saint Augustin portant un cœur en sa main. La religion chrétienne est une religion d’amour.
Le concours d’architecture et le début des travaux:
- Le 2 février 1955, SE Monseigneur Léon-Etienne DUVAL renouvelait le vœu de son précédent.
- A la suite de deux réunions d’un jury régulièrement constitué, MM. Paul HERBE et Jean LECOUTEUR étaient désignés pour l’établissement des plans de l’édifice. Ils bénéficièrent de l’assistance technique de M. l’ingénieur René SARGER.
- Le Samedi Saint, 5 avril 1958, les travaux commencèrent sous la direction de MM. MINET et PERRET, gérants à Alger de l’Entreprise PERRET Frères, M. GALEA étant chef de chantier.
- Le 5 novembre 1958, SE Monseigneur PERRIN, Archevêque de Carthage, Primat d’Afrique, en présence de l’Episcopat d’Afrique du Nord, bénissait les fondations et posait la première pierre.
- Le Pape Jean XXIII, dans un télégramme, appelait la bénédiction divine sur l’église votive dans laquelle il voyait un signe de paix sur la terre Algérienne.
- Le 25 mars 1961, la Croix était hissée à l’extrémité de la flèche qui surmonte l’édifice.
- Le 8 décembre 1961 avait lieu la bénédiction
- En 1962, l’église du Sacré-Cœur était élevée au rang de Cathédrale.
- Enfin, le 19 mai 1966, en la fête de l’Ascension de Jésus, Son Eminence le cardinal DUVAL – entouré de SE Monseigneur GORDON, délégué apostolique, de SE Monseigneur PINIER, évêque de Constantine, de SE Monseigneur JACQUIER, évêque auxiliaire d’ Alger, d’un nombreux clergé et de plus d’un millier de fidèles – procédait au rite de la Consécration.
L’Eglise – Tente:
- L’idée exprimée par les architectes est celle d’une tente. Saint Jean, dans l’Evangile, affirme que Dieu a planté sa tente parmi nous (« le Verbe s’est fait chair et il a planté sa tente parmi nous » – Jean 1,14).
- Lorsqu’on se place au centre de l’église, on aperçoit très bien le voile qui est relevé par les piliers. Le mouvement est plus net au-dessus et en arrière de l’autel, où le majestueux et souple velum est sous-tendu par quatre gracieuses colonnes au galbe étonnant. Le terme technique est poteaux, c’est bien lourd ; on pense à des roseaux – dont la coupe serait une ellipse – qui tendent une tente légère.
- La rosace de la tour s’élève à 35 mètres du sol. Cette immense coupole repose uniquement sur 8 piliers assis sur d’énormes champignons solidement fondés par des pieux de 18 à 20 mètres, sur le grès souterrain.
- La longueur totale de la nef est de 52 mètres et la largeur de 35 mètres.
Le vitrail court tout le long de l’édifice, le coupant en deux. Si bien qu’on pourrait abattre les murs, la coupole resterait plantée sur ses piliers. - L’ensemble du vitrail (œuvre du Maître-verrier MARTIN-GRANEL) est un jeu de couleurs (bleu, rouge, ou, vert sombre) et de lumière.
Photos : Sacré Cœur d’Alger, Archives
