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A l’origine de la chapelle de Ronchamp du Corbusier

by Archi Mag

Le Corbusier découvre le M’zab au cours d’un voyage en Algérie en 1931. Il est fasciné par ces constructions qui rejoignent sa préoccupation d’une architecture dont « l’homme nu, homme instinctif, individuel, collectif et cosmique est le centre ». Il visite Ghardaïa mais éprouve de la frustration de ne pouvoir entrer dans les maisons fermées aux étrangers. Il revient en Algérie 2 ans plus tard, en 1933 et survole les cités du M’zab. Il tombe encore plus sous le charme…

« On pensait que ces villes étaient en croûte sèche de terre brûlée par le soleil. L’avion nous révèle un miracle de sagacité, d’ordonnance savante et bienfaisante, une anatomie brillante. Au-dedans s’ouvrent comme des coquillages vivants les savoureuses verdures des jardins. »

Le Corbusier s’est beaucoup épris des constructions de la capitale du M’zab, Ghardaïa. C’est en 1955 que l’architecte français découvre le pentapole. Une fois le choc de cette découverte passé, et après une période d’incubation qui lui a permis d’humaniser son approche méthodologique, il crée la chapelle de Ronchamp, inaugurée en 1955, un chef-d’œuvre architectural dont l’inspiration lui est venue de la mosquée Sidi Brahim d’El-Atteuf. »

La chapelle Notre-Dame du Haut à Ronchamp (1955), chef-d’œuvre de Le Corbusier en Franche-Comté, est fortement influencée par ses voyages en Algérie (1931-1933). Fasciné par l’architecture vernaculaire du M’zab (Ghardaïa) et la mosquée Sidi Brahim, il intègre ces formes organiques, la lumière et la blancheur des ksour à la conception sculpturale de la chapelle.

Le Corbusier ne s’est pas inspiré de l’ornement, mais de l’essence de l’architecture mozabite comme les murs épais protègeant et isolant l’intérieur, les petites ouvertures réfléchies brisant et filtrant la lumière, donnant une sacralité à l’intérieur.

Lors de ses visites en 1931 et 1933, Le Corbusier est fasciné par la « sagacité » et l’ordonnance savante des constructions du M’zab, une influence qui marquera son œuvre tardive.
La Chapelle de Ronchamp (Notre-Dame du Haut), a été construite sur les ruines d’une chapelle détruite en 1944, elle est inaugurée en 1955. Il s’agit d’un monument en béton brut, mêlant des formes géométriques et des lignes courbes, conçu comme un lieu de pèlerinage. Elle est inscrite aux Monuments Historiques (1965) et sur la liste du Patrimoine mondial de l’UNESCO (2016).

Les courbes de la toiture de la chapelle rappellent une carapace de crabe, mais sont également inspirées par l’architecture du désert, notamment les structures de la vallée du M’zab. La lumière et la blancheur sont réinterprétées avec le béton blanc sur la colline de Bourlémont fait écho à l’esthétique épurée des villes sahariennes.

La mosquée Sidi Brahim

La mosquée a hérité du nom du tombeau du cheikh Sidi Brahim à côté duquel elle a été construite. Elle se situe dans l’un des plus anciens cimetières de la vallée, en contrebas du versant sud du ksar d’el-Ateuf. C’est une mosquée funéraire de fraction (familles de même ascendance) dont l’espace comprend une petite salle semi-souterraine de forme arrondie et utilisée auparavant pour l’enseignement du Coran. Au-dessus de cette dernière, à mi-hauteur, se trouve une autre salle superposée à la première où le cheikh de la mosquée passait une grande partie de son temps. Ces deux espaces sont accessibles à partir de la salle de prière dont la forme et les proportions volumétriques ont inspiré plusieurs éminents architectes, en particulier Le Corbusier pour la conception de la chapelle de Ronchamp.

La mosquée s’ouvre sur l’aire de prière ou s’han par des arcades de formes et dimensions différentes et sur le cimetière par un large claustra situé dans le mur adjacent au tombeau de Sidi Brahim.

Ce monument a été réalisé avec les matériaux de construction du site qui sont : la pierre liée au mortier de chaux pour les murs porteurs et les piliers ; les troncs de palmiers pour les poutres et poutrelles ; les palmes de palmiers comme coffrages perdus pour les arcs, ce qui donne à chacun d’eux une forme particulière. L’ensemble est recouvert d’un crépi au mortier de chaux, appliqué selon différentes techniques (à la main, à la truelle, au régime de palmier, etc.). L’édifice est périodiquement repeint au lait de chaux qui le protège des effets des intempéries et pérennise son éclat de blancheur contrastant avec la couleur ocre de l’environnement.

La chapelle de Ronchamp en construction

Le chantier de construction débute en 1950 ; il s’achève en 1953. L’inauguration a lieu le 25 juin 1955, en même temps que la bénédiction de la chapelle. Sa consécration est intervenue plus tardivement, en 2005. Le programme est peu contraignant : à la nef principale de la chapelle doivent s’ajouter trois chapelles secondaires ainsi qu’un chœur extérieur dédié aux cérémonies en plein air, notamment à l’occasion des pèlerinages. Afin d’assurer l’accueil des pèlerins, un abri est construit sur la colline, en contrebas de la chapelle. Le Corbusier prévoit aussi une maison pour le chapelain ainsi qu’une cave et un monument aux morts de la Seconde-Guerre mondiale, nommée pyramide de la paix.

Le projet de Le Corbusier est pensé en harmonie avec l’environnement ; la chapelle doit s’intégrer parfaitement dans l’espace. L’emplacement du nouveau bâtiment est sensiblement le même que celui de l’ancienne chapelle, dont les pierres sont récupérées pour le chantier.

La proposition de l’architecte puise ses origines dans de nombreuses sources d’inspiration, la principale demeurant une carapace de crabe ramassée sur une plage de Long Island, objet à réaction poétique cher à Le Corbusier.

Loin des plans classiques des bâtiments religieux traditionnels, la chapelle de béton s’exprime en courbes, en lumière, en couleurs. Notre-Dame-du-Haut fait écho à la volonté de synthèse des arts de l’architecte. Les bancs en béton et en bois, pensés comme des sculptures, sont réalisés par Joseph Savina, ébéniste breton avec lequel Le Corbusier travaille déjà pour sa production artistique personnelle ; la porte principale est émaillée des deux côtés, les verres sont peints et laissent passer la lumière à travers les couleurs et les formes. Différentes techniques sont d’ailleurs utilisées sur les verres : peinture à froid, grisaille ou encore le vitrail.

L’acoustique de la chapelle est conçue pour que le prêtre n’ait pas à hausser la voix pour parler ou chanter. Le Corbusier prévoit un campanile électroacoustique avec un système moderne, de diffusion du son mais le projet n’est pas retenu, faute de budget. Après le décès de Le Corbusier, c’est finalement l’architecte Jean Prouvé qui dessine le campanile, en respectant les proportions du modulor. Il est installé en 1975.

Les différents matériaux choisis par Le Corbusier participent de l’atmosphère du lieu : le béton brut de décoffrage, l’enduit peint, le bois, la fonte de fer, le bronze. Si cette chapelle résolument moderne a suscité autant de critiques négatives que d’enthousiasme, elle témoigne d’un véritable tournant dans l’architecture du XXe siècle.

Par : Sadok Chaieb

Sources :

Islamic Art Museum : [https://islamicart.museumwnf.org/database_item.php?id=monument;ISL;dz;Mon01;29;fr&cp]
Didillon, C. et Pierre, D., Habiter le désert, les maisons mozabites, Bruxelles, 1986.
Rapport sur les sites et monuments de la vallée, OPU, Alger, 1986 Fondation Le Corbusier, Islamic Art Museum, nakamassilia

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