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Syrta, le bâtiment qui révèle Gabès

by Archi Mag

Préparé et rédigé par : Issra Messaoudi, architecte stagiaire.
Cet article est issu d’un travail de mémoire à l’ENAU encadré par Mme Olfa Meziou

Face à la mer de Gabès, l’hôtel Syrta se tient immobile, comme suspendu dans le temps. Abandonné mais jamais effacé, il porte en lui une mémoire collective : celle d’une ville dont le destin a été brusquement détourné. Parler de Syrta, c’est réveiller l’histoire sensible de Gabès, ses promesses interrompues, mais aussi sa capacité profonde à résister, à s’adapter et à se réinventer. À travers la reconversion de ce bâtiment, c’est un autre regard sur Gabès qui se dessine — un regard qui dépasse la pollution pour révéler la richesse d’un territoire encore plein de possibles.

Gabès, une trajectoire interrompue

Gabès a longtemps occupé une position singulière en Méditerranée. Ville-oasis ouverte sur la mer, elle constituait un point de passage entre le nord et le sud, entre les routes commerciales, les voyageurs et les paysages. Son identité reposait sur un équilibre rare entre milieux naturels, activités humaines et échanges culturels. Cette trajectoire, pourtant cohérente, a été brusquement déviée au cours de la seconde moitié du XXe siècle.

L’industrialisation lourde, imposée à un rythme rapide, a profondément reconfiguré le territoire. Elle a modifié les usages, les paysages et l’image même de la ville. La pollution est devenue un fait quotidien, tangible, souvent utilisée pour résumer Gabès. Pourtant, cette lecture réductrice occulte une réalité essentielle : la ville n’a jamais cessé d’exister.

Syrta, un bâtiment-miroir
C’est dans ce contexte de basculement que s’inscrit l’hôtel Syrta. Implanté entre la mer et l’oasis, au coeur de Ghannouch, il incarnait une ambition d’ouverture touristique.

Son architecture moderne témoignait d’une période où Gabès se projetait vers un avenir balnéaire et méditerranéen.

L’abandon de Syrta ne relève pas d’un échec architectural. Il révèle plutôt une rupture entre un projet urbain initial et une réalité territoriale profondément transformée. Syrta devient alors un bâtiment-miroir : en l’observant, on lit les choix, les renoncements, mais aussi les potentialités de la ville.

Agir dans l’intervalle : La résilience comme posture

À Gabès, les enjeux environnementaux sont majeurs. Pourtant, attendre une solution idéale pour agir reviendrait à figer la ville dans l’inaction. L’architecture peut intervenir autrement : en accompagnant le territoire tel qu’il est, dans sa complexité, sans nier ses blessures.
La résilience n’est pas ici un mot-valise. Elle se traduit par des stratégies d’adaptation, de transmission et de cohabitation avec l’existant. Dans ce cadre, la reconversion apparaît comme une alternative à la démolition, un moyen de transformer l’héritage bâti en levier de compréhension et d’action.

Reconvertir Syrta : révéler plutôt que réparer

Le projet de reconversion de l’hôtel Syrta propose un changement de rôle plutôt qu’un changement d’image. Le bâtiment n’est plus pensé comme un lieu d’hébergement touristique classique, mais comme un espace de médiation entre le golfe de Gabès, son histoire et ses enjeux contemporains.

Syrta accueille chercheurs, artistes, éducateurs et habitants, favorisant la transmission des savoirs liés au territoire, à la mer et à l’oasis.

Il dialogue avec les équipements voisins et s’inscrit dans la vie quotidienne de Ghannouch, affirmant son rôle de trait d’union entre la ville et son environnement.

Syrta–Gabès : une lecture réciproque

Parler de Syrta, c’est nécessairement parler de Gabès. Le bâtiment agit comme un révélateur : il rend lisible une histoire souvent fragmentée, et rappelle que la ville ne se résume ni à sa pollution ni à son passé. Encore debout, Syrta incarne une forme de résistance silencieuse. Sa reconversion ne promet pas une réparation immédiate, mais offre un lieu capable de tenir dans le temps, de raconter le territoire et d’accompagner, pas à pas, une renaissance possible.

Gabès est une ville en attente de solutions, mais aussi en attente de récits justes. À travers Syrta, l’architecture propose un cadre pour comprendre, transmettre et préparer l’avenir, sans nier la complexité du présent.

Conclusion — Une architecture qui tient

Encore debout, Syrta incarne une forme de résistance silencieuse. Sa reconversion ne promet pas une réparation immédiate, mais offre un lieu capable de tenir dans le temps, de raconter le territoire et d’accompagner, pas à pas, une renaissance possible.

C’était à l’occasion de la vadrouille architecturale d’ArchiMag vers Gabès et sa région, que cet article avait été présenté au siège de la commune de Gabès le 20 décembre 2025. Un grand merci à tous les architectes de Gabès, et particulièrement au dynamique secrétaire général de la ville, et collègue Mohamed Chérif Tahar.

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