L’Institut Français à Sfax vient d’ouvrir l’expo de Meriam Belguit, qui déambule dans les rues de Sfax, ses ruelles, et ses anciens bâtiments. Son exposition « Entre deux » s’inscrit dans cette tension : entre visible et invisible, entre présence et disparition, entre la pierre et la lumière. « Entre deux » c’est aussi cet endroit incertain où l’on cherche à réconcilier le passé et le présent, le réel et l’imaginaire, le deuil et la renaissance.
Laissons l’artiste relater son histoire
1982 – année de ma naissance, celle où ma famille a entamé une nouvelle vie marquée à la fois par mon arrivée dans ce monde et par l’inauguration du commerce de mes parents, au cœur du centre-ville Beb Bhar de Sfax, précisément dans l’immeuble du Colisée.

Je ne sais pas s’il s’agit d’un simple hasard ou du destin, mais ces deux événements semblent liés, marquant un nouveau point de départ pour notre histoire familiale, la mienne en particulier.
Mes parents travaillaient tous les deux au même endroit. Par chance ou peut-être par évidence, toute ma scolarité s’est déroulée à Beb Bhar : de l’école primaire Alexandre Dumas au lycée Habib Bourguiba, puis au lycée Habib Maâzoun, avant de terminer mes études secondaires au lycée des Garçons, un peu plus éloigné du centre, à Pic Ville, mais toujours inscrit dans la continuité architecturale de Beb Bhar.

Mon enfance, mon adolescence et ma jeunesse ont toutes été vécues dans ce quartier. J’y ai vu le temps passer, les murs changer, les sons et les visages se transformer. J’ai assisté au fil du temps à sa métamorphose. Voir Beb Bhar sombrer peu à peu dans l’abandon m’a été douloureux. Il m’était impossible de rester spectatrice face aux mutations que subissait ce lieu chargé de mémoire.
Au-delà de sa valeur sentimentale incommensurable, le centre-ville de Sfax incarne un patrimoine architectural d’une richesse inestimable une richesse aujourd’hui négligée, oubliée, effacée peu à peu par le temps et l’indifférence. Pourtant, les tissus anciens de notre ville méritent d’être protégé.

L’architecture des bâtiments anciens est bien plus qu’une simple enveloppe : elle est une mémoire, un témoin silencieux de nos vies et de notre histoire.
La préserver est une nécessité, un acte de fidélité envers ce que nous avons été, et envers ce que nous aspirons à devenir.
Mon travail cherche à écouter le silence qui persiste dans ces lieux et de d’exprimer sa propre vérité. C’est une mise à nue à travers l’art et pour l’art afin de révéler la beauté de la ruine et la trace du temps.

Mon exposition « Entre deux » s’inscrit dans cette tension : entre visible et invisible, entre présence et disparition, entre la pierre et la lumière. « Entre deux » c’est aussi cet endroit incertain où l’on cherche à réconcilier le passé et le présent, le réel et l’imaginaire, le deuil et la renaissance.
Cette démarche témoigne d’un amour pour ma ville,
pour ce qu’elle a été,
pour ce qu’elle pourrait encore devenir.
Meriam Belguit – décembre 2025
Un grand merci à Abir Bouattour, architecte à Sfax, et Adrien Guillot, Directeur délégué, Institut français de Sfax
