Le projet architectural « Terre des Puits », localisé dans la région de Kébili, est l’un des 40 candidats retenus pour le Prix d’architecture contemporaine de l’Union européenne 2026 / Prix Mies van der Rohe. Cette reconnaissance positionne la Tunisie parmi les 18 nations sur la scène européenne de l’architecture.
Cette sélection, annoncée jeudi par la Commission européenne et la Fundació Mies van der Rohe, a lieu alors que la Tunisie fait partie du programme Europe Créative de l’UE. Ce programme favorise la collaboration et l’innovation au sein des domaines culturels et créatifs.

Le jury a sélectionné 40 œuvres représentant 36 villes, réparties sur 30 régions et dans 18 pays. Ce choix propose une vue d’ensemble représentative de l’architecture contemporaine européenne des deux dernières années. Elle englobe tout, des grandes métropoles aux toutes petites villes. Elle met donc en évidence la variété des échelles, des applications et des méthodes architecturales à travers le continent.

La réhabilitation du puits de Bir Ettin est une étape clé du projet Bled el Abar (« Pays des puits » en arabe). Cette initiative vise à restaurer les points d’eau dans le Sahara tunisien avec les communautés locales, en utilisant les ressources existantes. Son objectif est de préserver la vie, humaine et animale, dans le désert.

Ce modeste puits, construit selon les techniques traditionnelles de maçonnerie, se situe dans les dunes du Grand Erg Oriental, à plus de 30 kilomètres du village habité le plus proche, le long d’itinéraires empruntés depuis des millénaires par les nomades pasteurs d’Afrique du Nord. Avant d’être ensablé et de s’effondrer, il servait encore de point d’eau pour les chameaux, les chèvres et les moutons, ainsi que de refuge pour les bergers qui les guident à travers le désert. Le projet prévoit le désensablement, le nettoyage et la restauration du puits et de son abreuvoir, sa protection contre les vents chargés de sable par des haies de palmes de palmier dattier, et la construction d’un abri en bois de palmier.

Il nous a fallu près d’un an pour choisir le puits à restaurer. Nous devions nous assurer qu’il serait utilisé par les nomades et les bergers de la région et que son entretien serait abordable. Après plusieurs réunions et visites, Bir Ettin a été choisi – une décision prise avec et par les nomades. Fin 2024, nous nous sommes rendus sur place pour la première fois et avons réalisé une étude détaillée. Le site lui-même a dicté le projet : restaurer le puits et son abreuvoir, le protéger du sable avec des haies de palmes et construire un petit abri ombragé. S’en sont suivis les préparatifs : planification logistique, estimation des matériaux, recrutement d’artisans qualifiés et contrôle des coûts. Les travaux étaient prévus pour début 2025, afin d’être achevés avant le retour des vents violents et de la chaleur. La restauration a duré quatre jours et a mobilisé douze personnes : deux transporteurs, deux coordinateurs, deux maçons, deux charpentiers, un conducteur de pelle mécanique, un spécialiste des puits et deux architectes. Dès que l’abreuvoir a été rempli d’eau, troupeaux, oiseaux migrateurs et insectes sont venus s’y abreuver.

Un cylindre émerge du sable, partiellement envasé. La dalle recouvrant le puits s’est effondrée et la trappe d’accès, le seau et la corde ont disparu. Un simple escalier permet d’y accéder et un portique en béton en forme de U soutient la poulie. Un réceptacle relié à un tuyau vertical achemine l’eau vers un tube cylindrique enterré menant à l’auge, presque entièrement recouverte de sable. Bien que le puits se soit dégradé, la nappe phréatique, à environ 18 mètres de profondeur, reste abondante, propre et peu salée. La construction, réalisée selon le principe du zéro déchet, s’est déroulée comme suit : les deux premiers jours ont été consacrés au déblaiement du sable, au nettoyage du puits et à la construction de deux haies protectrices de palmes de palmier dattier, orientées dans le paysage pour le protéger des vents chargés de sable. Le troisième jour a été dédié au coulage de la nouvelle dalle. Le dernier jour a consisté à sécher le tout, à construire l’abri et à installer la nouvelle trappe d’accès, la poulie, la corde et le seau. Avant de partir, nous avons versé de l’eau et gravé le nom et la date du puits sur la dalle, comme le veut la tradition pour tous les puits du désert.



Auteurs : Ayoub Mounir, Vanessa Lacaille, Hamed Kriouane
Collaboratrice (bureau) : Marie-Christine Beris
Programme : Paysage
Labels : Régénération · Structure
Superficie du site : 7 000 m²
Maître d’ouvrage : La communauté de Sabria
Surface de plancher brute totale : 10 m²
Coût : 650 €/m²
